La fusion complexe, qui a récemment obtenu l'approbation judiciaire fédérale suite à un règlement antitrust, s'accompagne de conditions strictes. Le nouveau conglomérat est légalement tenu de sortir au moins 30 films en salles au cours de chacune de ses deux premières années, passant à 32 par an de la troisième à la cinquième année. De manière cruciale, les sorties larges doivent maintenir une fenêtre d'exclusivité en salles de 45 jours avant une période de rétention de 90 jours avant le streaming par abonnement. De plus, un engagement de 300 millions de dollars par an — totalisant 1,5 milliard de dollars sur cinq ans — est réservé à la production cinématographique américaine. Ces promesses ont été renforcées par Ellison lui-même dans une lettre ouverte à la communauté créative plus tôt cette année, suite à une tournée de lobbying proactive à travers l'Europe.

Parmi les optimistes figure Pierre-Antoine Capton, co-fondateur et président du géant européen de la production Mediawan. Capton a exprimé sa confiance dans la vision d'Ellison, déclarant à Variety : « Je crois que sa vision est avant tout une ambition artistique, créative. » Il considère la consolidation comme une stratégie nécessaire dans un paysage économique difficile, créant potentiellement des opportunités pour de solides entreprises indépendantes. Ce sentiment est repris par Tim Richards, PDG du mastodonte de l'exploitation Vue, qui souligne le parcours d'Ellison chez Paramount, notant l'augmentation de sa production cinématographique de sept à huit à 15 films par an avant même que l'accord Warner Bros. ne soit sur la table.

Cependant, tous les acteurs européens de l'industrie ne partagent pas cet optimisme sans réserve. Marco Chimenz, un éminent dirigeant de production italien et ancien président de l'European Producers Club, a exprimé son scepticisme quant à la production cinématographique promise. Faisant un parallèle avec la fusion Disney-Fox, Chimenz doute que l'entité combinée maintienne ou augmente sa production cinématographique, en particulier pour les projets à budget moyen, déclarant : « Je doute que cela se produise, de la même manière que cela ne s'est pas produit lorsque Disney a fusionné avec Fox. » L'analyste média François Godard a également soulevé des préoccupations selon lesquelles les nouveaux crédits d'impôt fédéraux américains pourraient inciter les productions hollywoodiennes à s'éloigner de l'Europe, du Canada et de l'Australie, pour revenir tourner principalement aux États-Unis.

Malgré ces inquiétudes, le solide secteur de la production britannique reste confiant. Des personnalités de l'industrie comme Clare Binns, directrice créative de Picturehouse Cinemas, et Tim Richards de Vue, ont tous deux souligné la main-d'œuvre hautement qualifiée du Royaume-Uni, son infrastructure établie et ses crédits d'impôt attractifs comme de solides dissuasifs contre un exode massif des tournages hollywoodiens. Binns, tout en étant prudemment optimiste quant à l'engagement déclaré d'Ellison de 30 films, a souligné qu'« il ne s'agit pas seulement des 30 films. Il s'agit de ce que sont ces 30 films. Il s'agit de ce que sont ces embauches. » Elle a insisté sur l'importance d'un large éventail de films, de voix diverses et d'une volonté de prendre des risques, exprimant sa préoccupation quant à une approbation potentiellement conservatrice et à un manque de diversité dans les embauches clés.

Sur le front de la télévision, Chimenz est plus optimiste, anticipant un impact positif sur la commande de séries télévisées en Europe, notamment compte tenu du rôle actif de HBO dans les coproductions internationales et de l'appétit local pour le contenu original. La fusion nécessitera également une reconfiguration des offres sportives, Paramount+ lançant la Ligue des Champions au Royaume-Uni et en Allemagne, tandis que WBD co-possède déjà TNT Sports avec BT.

En fin de compte, le secteur européen du divertissement observe attentivement comment David Ellison navigue dans l'équilibre complexe entre ambition créative, engagements financiers et fardeau de la dette important. Les années à venir révéleront si le nouveau mastodonte hollywoodien pourra tenir ses promesses et favoriser un paysage cinématographique et télévisuel diversifié et florissant de l'autre côté de l'Atlantique.