NAZA a fait ses débuts aux États-Unis à l'IFC Center de New York mercredi dernier, affichant rapidement complet pour la plupart des séances du week-end et projetant plus de 70 000 $ lors de ses cinq premiers jours. Son succès initial signale un fort appétit pour le documentaire, qui devrait être diffusé dans plus de 60 salles dans 30 marchés le week-end prochain. Ceci fait suite à un Prix spécial du jury à Venise, où il a reçu une ovation debout remarquable de 25 minutes, et à une récente projection au New York Film Festival. Sur le plan critique, le film affiche un score parfait de 100 % sur Rotten Tomatoes sur 32 critiques, comme le rapporte Deadline.
Le documentaire, produit par The Guardian et JW Films de James Wilson, avec Jonathan Glazer (connu pour The Zone of Interest) en tant que producteur exécutif, offre un regard cru et sans fard sur le conflit. Sa prémisse trompeusement simple voit le réalisateur Yuval Abraham interviewer 24 officiers et soldats des renseignements militaires israéliens sur les toits de Tel Aviv la nuit. Ces individus, filmés en silhouette avec des voix numériquement altérées, racontent la destruction des zones résidentielles à Gaza et la perte dévastatrice de vies civiles palestiniennes.
Le titre du film, NAZA, est un acronyme utilisé par les Forces de défense israéliennes pour désigner les « dommages collatéraux » – spécifiquement, le nombre acceptable de victimes civiles subies lors d'opérations ciblant des militants présumés du Hamas. Les interviews suggèrent que ce nombre est alarmant de fluidité, allant de quelques vies à potentiellement des centaines de vies jugées acceptables.
Sans surprise, NAZA a déclenché un déluge de controverses. Le gouvernement israélien a nié avec véhémence les allégations du film, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait menacé de révoquer la citoyenneté des cinéastes et d'introduire une législation qui criminaliserait la critique des forces armées israéliennes. En raison de cette réaction négative significative, Abraham et Szor n'ont pas participé aux séances de questions-réponses d'ouverture aux États-Unis ou en Israël.
Yuval Abraham, journaliste d'investigation qui a déjà collaboré avec The Guardian pour des reportages depuis Gaza, a souligné l'approche brute et testimoniale du film. « Le doc n'a pas de narration, pas d'infographies, juste des témoignages », a-t-il déclaré, expliquant que son rôle était d'écouter et de documenter, pas de réprimander, surtout compte tenu des réactions anticipées. Il a noté que si les atrocités à Gaza sont documentées depuis des années, « elles sont autorisées à se poursuivre en partie parce que beaucoup de gens les nient. Une partie de notre espoir est qu'en réalisant ce film, nous rendrons ce déni un peu plus difficile. »
La co-réalisatrice Rachel Szor, qui a également été la principale directrice de la photographie, a expliqué le choix de Tel Aviv comme lieu de tournage. Bien qu'elle soit considérée comme une ville libérale, « personne n'y parle de Gaza », a-t-elle observé. « Soit ils le justifient, soit il n'y a tout simplement pas de place pour en parler. Nous voulions donc vraiment que ces mots, ces témoignages en hébreu, de soldats, d'officiers, soient prononcés sur fond d'une ville comme Tel Aviv. »
À l'échelle internationale, la société de vente française mk2 films a conclu des accords dans 56 marchés, et le film a déjà connu une forte ouverture en Italie, rapportant 1,81 million d'euros (2,1 millions de dollars). Dans le but de maximiser sa portée, The Guardian prévoit de diffuser le documentaire gratuitement à l'international dans un délai de six à huit semaines.
Ce n'est pas le premier documentaire percutant d'Abraham et Szor ; ils faisaient également partie du collectif derrière le film No Other Land, lauréat d'un Oscar en 2024, qui a retracé la destruction de Masafer Yatta en Cisjordanie occupée et l'alliance entre le militant palestinien Basel Adra et Abraham.
Le film arrive dans un contexte plus large d'examen minutieux intense du conflit israélo-palestinien, suite à l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 contre Israël, qui a entraîné 1 200 morts et 251 otages. Le bilan des morts palestiniens, tel que cité dans la source, a dépassé les 74 000, dont de nombreux civils. NAZA sert ainsi de contribution cinématographique puissante, quoique provocatrice, à la conversation mondiale en cours autour du conflit.
